
ItinéraireBis : salut l’équipe Newtrack ! Bon, je redoutais un peu ce moment. Faire votre dernière interview… quelle est l’ambiance dans l’équipe ? Comment s’est construite cette réflexion ?
Sunny : malgré cette triste nouvelle, je dirais que l’ambiance est bonne dans l’équipe. On a tous nos projets perso sur lesquels on va devoir se concentrer pleinement. Et surtout, au-delà de ça, on continue évidemment à se voir régulièrement, donc c’est impec.
À titre personnel, je pense que c’est la partie orga qui va sans doute le plus me manquer, vu que j’en sors totalement pour le moment.
Concernant la réflexion, je dirais qu’avec Newtrack, on a fait notre beau bout de chemin, et qu’il était temps de passer à autre chose. On a eu beaucoup de chance de faire ça tant d’années et d’avoir organisé tous ces events avec des artistes, collectifs qu’on porte dans notre cœur, et d’avoir rencontré tant de personnes fantastiques en chemin. Donc même si c’est pas un moment joyeux, on est reconnaissants et heureux du chemin parcouru.
Antoine : l’ambiance reste bonne au sein de l’équipe. Il y a évidemment beaucoup de nostalgie, mais c’est une superbe page qui se tourne, et une autre, tout aussi belle, qui commence. Nous avons décidé d’un commun accord d’arrêter l’aventure, car nous n’avions plus le temps de nous en occuper et nous voulions que cette expérience reste un plaisir du début à la fin.
Loïc : c’est toujours un peu triste de voir une aussi belle – et surtout longue – aventure toucher à sa fin. On a eu la chance de faire danser des milliers de personnes, de partager la scène avec des artistes qu’on admire profondément… Franchement, c’était avant tout une histoire d’amour, une passion collective.
Forcément, le cœur est un peu lourd aujourd’hui. Ces années ont été remplies de kiffs, de musique, de rencontres et de moments magiques. Mais on sent aussi que c’est le bon moment pour chacun de nous de se recentrer à fond sur nos projets perso. Cumuler les deux devenait compliqué, alors on a préféré finir en beauté… et terminer sur les chapeaux de roues !
On redoutait un peu ce moment, c’est vrai. Mais ce qui va le plus me manquer, c’est sans aucun doute les sourires du public et leurs regards à la fin de chaque DJ set… Ça, ça va être dur à remplacer. ❤️
ItinéraireBis : nous avons grandi ensemble durant plus de 10 ans (12-13 ans pour être exact). Pouvez-vous nous rappeler comment a débuté cette folle aventure de potes ?
Sunny : en ce qui me concerne, je suis rentré dans le collectif après l’événement des 5 ans au Paris Event Center, un moment hors norme qui m’a tout de suite séduit. Ensuite, je suis évidemment tombé amoureux de cette belle famille.
J’ai commencé en tant que RP, puis de fil en aiguille, j’ai pris part à de plus en plus de choses.
Antoine : nous avons fondé le collectif avec Morgan Pasquet (que j’embrasse) en 2012. À l’origine, il s’agissait de deux projets d’école qui se sont rejoints. Nous étions passionnés par ce qui se passait à Paris à l’époque et avions envie d’y prendre part. Nous avons vécu en colocation pendant cinq ans, et c’est à ce moment-là que nous avons lancé la machine, notamment avec les ApéroBPM au Point Éphémère, qui nous ont apporté la notoriété nécessaire pour développer le projet.
Loïc : pour ma part, j’ai rejoint le collectif en 2016 de mémoire, après un week-end BIEN ARROSE où j’ai rencontré Antoine et une partie de la team Newtrack. Le feeling est tout de suite passé, j’ai accroché direct avec l’énergie, les gens, l’ambiance… et j’ai eu envie de les revoir très vite.
On a bu quelques verres (encore), on a refait le monde en débitant pleins de bêtises à la seconde – comme souvent – puis je suis rentré en tant que RP. Ensuite, je suis devenu chef RP, et de fil en aiguille, je me suis retrouvé directeur de prod et co-organisateur du collectif avec Sunny et Antoine. Une vraie aventure humaine, remplie de rebondissements, de belles galères (parfois), mais surtout de grandes joies.
ItinéraireBis : vous avez été l’une des références majeures de la scène électronique parisienne pendant toutes ces années. Quelle a été votre ligne directrice pour durer si longtemps ? Auriez-vous imaginé à vos débuts faire plus d’une centaine d’événements et devenir une référence ?
Sunny : c’est peut-être plus une question pour Antoine, vu qu’il gère la programmation, mais je dirais que même si nos goûts musicaux ont évolué et ne sont plus 100 % alignés, on s’est toujours débrouillés pour avoir des line-ups avec des artistes que chacun aimait.
Et surtout, on partageait le même amour pour les événements bien organisés. On a toujours tout fait pour que le public se sente bien, même si on n’avait pas toujours la main sur tout, notamment quand on était en co-prod.
Antoine : c’est très gentil, merci pour le compliment. Je pense qu’il faut rester à l’écoute de la scène, faire preuve d’une grande curiosité et, surtout, être passionné — sinon, ça ne peut pas fonctionner. Les trois premières années n’étaient que du pur fun, sans prise de tête. Et après une soirée incroyable avec Laurent Garnier, j’ai su avec certitude que je voulais en faire ma vie.
Loïc : je suis complètement en phase avec Sunny sur ce point : nos goûts musicaux ont évolué avec le temps. Même si on garde tous une base commune, des affinités sur certains styles, il est clair que les envies changent, les influences bougent… et c’est aussi ce qui fait la richesse d’un collectif comme le nôtre.
En 2016, jamais je ne me serais imaginé me retrouver un jour à la tête de feu Border City, puis de Wonderland, et surtout d’organiser les 10 ans de Newtrack avec des artistes comme B3000, Ellen Allien, DJ Heartstring… Un truc de dingue qu’on n’oubliera jamais.
On a toujours eu ce souci du détail, ce goût pour un travail propre, carré, bien organisé. Et je pense sincèrement que c’est ça qui nous a permis d’en arriver là : de construire une vraie crédibilité auprès des agents, des artistes… et surtout d’avoir gagné la confiance et l’amour d’un public incroyable. ❤️
ItinéraireBis : la question que tout le monde attend : vos meilleurs et vos pires souvenirs ?
Sunny : mon meilleur souvenir, globalement, c’est l’année des 10 ans de Newtrack en 2023, avec plus de 20 événements organisés. C’était assez fou.
Plus précisément, je pense à la date qu’on a faite en juin au Mazette. L’équipe là-bas est incroyable (dédicace à Karen, la best), et c’était la première fois que ma famille venait voir un événement que j’organisais. C’était une super journée avec uniquement des artistes de zinzin.
Côté pires souvenirs, je n’en ai pas un en particulier, mais c’est surtout toutes les fois où des problèmes surviennent et qu’on ne peut rien faire parce qu’on est en co-prod et qu’on n’a pas la main sur tout.
Par exemple, voir des gens — amis, famille ou public — quitter un événement parce qu’il y avait un souci de toilettes, c’est horrible. Ou quand on doit se battre pour avoir le son au volume prévu dans le contrat… Frustrant au possible.
Antoine : je pense que mon plus beau souvenir c’est notre immense fiesta à la Grande Halle de la Villette devant 4000 personnes avec Laurent Garnier, je vous mets l’aftermovie ici parce que vraiment c’était hors du temps. Nos cinq ans au Paris event center devant plus de 9000 personnes, c’était juste incroyable aussi, l’aftermovie est canon aussi.
En vrai le plus simple est de faire un tour sur notre page youtube où nous avons réalisés avec l’aide de Back2back production et Tom Dga filmaker, des aftermovies de toutes nos plus belles soirées, ça pue l’amour par ici.
Je préfère oublier les mauvais souvenirs… mais au fond, il s’agissait surtout de quelques averses au mauvais moment.
Loïc : l’année des 10 ans, franchement… c’était juste incroyable. On a eu la chance – et l’immense bonheur – de bosser avec des artistes qu’on admirait, qu’on écoutait depuis longtemps. À chaque événement, il y avait une vibe unique, un mélange d’énergie, de kiff, de bienveillance… On sentait que quelque chose de spécial se passait.
J’ai plein de souvenirs marquants, très compliqué d’en citer qu’un, mais par exemple, un dimanche à Border City où Folamour a fait le closing. Cet event était totalement dingue. Alors oui, on dormait 3h par nuit depuis des mois, mais ce jour-là, le soleil était là, les bières fraîches, les sushis aussi (petit rituel du dimanche post prod et pré exploitation) et surtout, 2 000 personnes qui souriaient, dansaient, a une époque ou les restrictions étaient compliquées… avec Folamour en DJ set. C’était magique. Un vrai moment suspendu.
BIEN ENTENDU il y avait l’événement avec Marlon Hoffstadt au Virage qui était tout simplement inexplicable, il fallait être présent pour le vivre !
Il y a aussi la soirée avec DJ Heartstring au Mazette qui reste gravée, les deux passages de Brutalismus 3000 au Nexus, Ascendant Vierge à Border City… Et puis toute l’épopée Wonderland, une vraie belle histoire aussi – même si elle a eu son lot de galères et d’imprévus, comme toutes les aventures qui en valent la peine mine de rien.
ItinéraireBis : la scène actuelle évolue chaque jour. Quel regard portez-vous dessus ? Qu’est-ce qui a changé par rapport à vos débuts ?
Sunny : je ne sais pas si c’est 100 % la scène ou si c’est partout pareil, mais pour moi, ce qui a beaucoup changé, c’est la toute-puissance des réseaux sociaux, des algorithmes, et des modes qui se répandent à vitesse éclair.
Par exemple, j’admire la team du Macki, qui a su rester fidèle à sa direction artistique et à sa ligne de programmation, du début à la fin.
Antoine : la scène évolue plus vite qu’avant avec les réseaux sociaux, il faut donc rester très attentif si l’on ne veut pas passer à côté de l’artiste du moment ! J’aime beaucoup l’énergie de cette nouvelle génération, et j’ai hâte de découvrir celle qui suivra. Mieux vaut rester à l’écoute — et optimiste.
Loïc : alors ce que je vais dire va sonner très fort en “boomer”, mais j’ai aussi ce sentiment de ne plus être totalement en phase avec une partie de la scène actuelle. Notamment autour de la techno de maintenant qui est, j’ai l’impression, d’être une course au BPMC, cette course à l’intensité qui laisse parfois un peu de côté l’émotion, la construction, le groove… ce qui nous faisait vibrer à l’époque. Drop à foisons, gros kick etc..
J’ai aussi l’impression qu’on vit moins la soirée dans l’instant. Que beaucoup cherchent plus à la capturer pour les réseaux qu’à la ressentir pour eux-mêmes. Ce qui n’est pas une critique en soit mais ue observation 🙂
ItinéraireBis : vous allez marquer le coup une dernière fois ce samedi à l’open air Slice. Quel est le programme de cette dernière danse ?

Sunny : déjà, on a de la chance : le temps est avec nous !
Sinon, côté programme, ça va être une belle journée entre potes, avec de la musique joyeuse du début à la fin. Donc ça devrait être 100 % plaisir et émotions.
Antoine : de l’amour, du soleil, du bon son et beaucoup de fun 🧡
Loïc : et pour cette toute dernière date, on a voulu faire les choses à notre image : entourés à 100% de copains.
Il y aura AA/XX, qui nous suit depuis longtemps et fait partie de la famille, ARA — une de nos DJ résidentes qu’on adore, BEROU, une artiste que j’admire profondément, et bien sûr DJ CALINE, qui viendra compléter ce line-up du cœur.
Le soleil sera de la partie, alors on finira cette belle aventure comme il se doit : en dansant, en trinquant, en profitant des derniers instants tous ensemble. En gros, S’amuser, dire au revoir aux copains, se faire des souvenirs, et surtout… célébrer ce qu’on a construit ensemble.
ItinéraireBis : quels sont les prochains objectifs pour les membres de l’équipe ? Vous allez rester dans le monde de la musique électronique ?
Sunny : pas moi, du coup. Là, je dois me concentrer sur mes projets perso dans l’immédiat.
Mais j’aime bien trop la musique et organiser des teufs pour rester loin de ce monde bien longtemps.
Antoine : je reprends la programmation du Nexus qui va changer d’équipe et de nom à la rentrée pour s’appeler le Noct ainsi que la programmation du Kodz à Lille donc deux clubs à gérer pour deux fois plus de fun.
Je veux continuer à accompagner les nouvelles générations dans cette musique avec le plus de bienveillance et de pédagogie possible.
Loïc : de mon côté, je reste dans le monde de l’événementiel — un domaine que je n’ai jamais quitté depuis la fin de mes études. Newtrack, c’était mon projet passion, que je menais sur mon temps libre en parallèle de mon “vrai” travail… mais comme ce travail reste lui aussi lié à l’événementiel, j’ai toujours gardé un pied dans cet univers.
J’ai toujours adoré organiser des événements musicaux, donc je ne m’arrête pas totalement, au fond. Et puis, Antoine, lui, continuera à vous faire danser jusqu’au bout de la nuit, entre Lille et Paris !
Et qui sait… on n’est pas à l’abri de revoir surgir quelque chose, un jour, quand l’envie et les planètes s’aligneront
ItinéraireBis : s’il fallait remercier des personnes, des collectifs ou des lieux sans qui cette aventure n’aurait jamais existé ?
Sunny : la dream team Newtrack Family : tous les RP, les DJ résident·es, les membres du collectif qui ont donné de leur temps pour faire vivre nos projets.
Côté lieux : évidemment le Point Éphémère, qui nous a accueillis pendant 10 ans. Mais aussi le Mazette (l’équipe est vraiment au top) et la team du Virage, avec qui c’est toujours un bonheur de bosser.
Côté médias : plein nous ont suivis depuis le début, mais un gros merci en particulier à Dure Vie et Electro News. Les relations dans ce milieu restent souvent centrées autour des événements, mais avec eux, on a réussi à un peu dépasser ce stade, et j’en suis super heureux. Et évidemment dédicace à toi aussi Vincent, j’oublierai pas, quand après avoir échangé depuis des années, on s’est enfin croisé en vrai par hasard au Nexus ahah, alors qu’on taffait ensembles vraiment depuis super longtemps, putin c’était drôle.
Côté collectifs : impossible de choisir. On en a croisé trop de merveilleux sur notre route, tout comme les artistes. Je ne peux pas en désigner un en particulier.
Antoine : Sunny a tout dit. Merci à la Newtrack Family et à toutes celles et ceux qui ont fait partie de l’aventure, de près ou de loin. Je vous aime et je ne vous oublierai jamais.
Je tiens aussi à remercier la scène parisienne — il serait trop long de citer tout le monde, alors merci à cette scène qui nous a tant apporté et qui n’a rien à envier à aucune autre capitale européenne.
Nous avons eu une chance extraordinaire de pouvoir contribuer à son développement. Paris, je t’aime… et c’est loin d’être fini !
Loïc : ce serait vraiment trop difficile de ne citer que deux ou trois personnes… Ces dix années ont été tellement riches en émotions, en rencontres, en collaborations. On a eu la chance de bosser avec la quasi-totalité des collectifs parisiens, de faire le tour de tous les clubs de la capitale — et au-delà.
Mais si je devais quand même prendre un moment pour dire merci, ce serait d’abord à toutes celles et ceux qui nous suivent depuis le tout début. À nos DJ’s résidents, qui se reconnaîtront sans qu’on ait besoin de les nommer, et qui ont été là pour toutes nos idées folles, toutes nos dates, tous nos projets.
Merci aussi aux clubs qui nous ont accueillis avec confiance.
Et surtout… un immense merci au public. À vous. Sans vous, rien de tout ça n’aurait eu de sens. Vous êtes la plus belle des raisons d’avoir tenu jusqu’a là.
ItinéraireBis : quel est le track qui pourrait définir le mieux l’aventure Newtrack ?
Sunny : un classique : Donna Summer – I Feel Love.
Antoine : vous êtes des monstres de me poser cette question, choisir un seul son !?
Je vais choisir le morceau qu’on a passé en boucle l’année de nos 10 ans où nous avons pu inviter Marlon Hoffstadt, ce son c’est : It’s that time !
Loïc : afin de ne pas dire comme Sunny, je te dirais à l’instant T en lisant cet interview je te dirais :
2B3 – Partir un jour
ItinéraireBis : le mot de la fin…
Antoine : mille mercis, car vous avoir fait danser si longtemps est la plus belle aventure de ma vie 🫶
On se retrouve au Noct et au Kodz à la rentrée !
Sunny : merci pour tout, du fond du cœur. Vous allez nous manquer.
Loic en couche culotte
Loïc : merci à vous tous, qui nous suivez, autant que vous êtes, depuis ces 12 longues années.C’est grâce à vous que l’aventure a vu le jour, grâce à vous qu’elle est allée si loin.
Et c’est vous qui allez nous manquer. ❤️
Interview par Vincent Barrier

